{"id":390,"date":"2014-05-08T05:09:11","date_gmt":"2014-05-08T04:09:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/?p=390"},"modified":"2014-07-09T13:39:16","modified_gmt":"2014-07-09T12:39:16","slug":"recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/","title":{"rendered":"R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac"},"content":{"rendered":"<p>Martin se plongea dans son journal pour oublier la tristesse de ce dimanche gris et pluvieux. \u00ab\u00a0Allons boire un verre au caf\u00e9 d&rsquo;en bas\u00a0\u00bb proposa-t-il \u00e0 Lorraine, ne souhaitant qu&rsquo;une chose, ne plus \u00eatre seul avec elle.<\/p>\n<p>Tout lui semble terne : ses cheveux, sa peau, son humeur aussi. Comment la vie a-t-elle ab\u00eem\u00e9 autant les sentiments qu&rsquo;il \u00e9prouvait pour elle ? Pourquoi celle qu&rsquo;il tremblait de perdre est-elle devenue cette femme fade et triste ? Son regard y est-il pour quelque chose ou bien l&rsquo;objet de ses sentiments s&rsquo;est-il ab\u00eem\u00e9 de lui-m\u00eame ? Les deux sans doute.<\/p>\n<p>De nouvelles lunettes n&rsquo;y changent rien&#8230; Et pourtant, il ne peut se r\u00e9soudre \u00e0 la quitter. Leurs trois enfants y sont certainement pour quelque chose, mais pas seulement. Une image de ce qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 et un espoir fou de retrouver cet \u00e9tat de gr\u00e2ce. Sans doute le r\u00e9sultat d&rsquo;un manque de son enfance car oui, comme il l&rsquo;a aim\u00e9e&#8230; Il a investi son histoire d&rsquo;amour comme si c&rsquo;\u00e9tait la seule possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre heureux sur cette terre. Une femme, une\u00a0s\u0153ur, une m\u00e8re et une maitresse. Un radeau de survie surtout. Mais c&rsquo;est \u00e9videmment maintenant qu&rsquo;il r\u00e9alise le r\u00f4le qu&rsquo;elle a jou\u00e9. Ce bout de bois auquel il s&rsquo;est accroch\u00e9, sur lequel il s&rsquo;est hiss\u00e9 et dont il a fait sa maison. Une belle et douce maison avec une chemin\u00e9e, un large canap\u00e9 pour discuter des heures, pour traduire en actes les 3 C qu&rsquo;ils se sont\u00a0\u00e9dict\u00e9s\u00a0comme r\u00e8gle : Communication, Confiance et Complicit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il essaya alors de regarder sa femme avec distance. Se rem\u00e9morer ces souvenirs adoucit son jugement. Comment retrouver l&rsquo;excitation,\u00a0le manque,\u00a0le d\u00e9sir, la joie de la voir ? Comment lui redonner son lustre, essuyer la poussi\u00e8re qui recouvre tout ? A commencer par sa tol\u00e9rance\u00a0?<\/p>\n<p>Il a la lucidit\u00e9 de reconna\u00eetre qu\u2019il a sans nul doute \u00e9pous\u00e9 un r\u00eave. Un r\u00eave qui a dur\u00e9 plus de 20 ans mais pour lequel il a chang\u00e9, s\u2019est m\u00e9tamorphos\u00e9. Et rien que pour \u00e7a, il doit avoir un r\u00e9sultat. Il a fourni les efforts les plus fous pour r\u00e9pondre \u00e0 ses besoins \u00e0 elle. Ce n\u2019est pas possible qu\u2019il ne se passe rien. Et il n\u2019attend pas une \u00e9tincelle non, mais un feu d\u2019artifices. Il attend\u2026 sans doute un fantasme, une illusion. Certainement.<\/p>\n<p>Une femme-amie, partenaire des fou-rires, des coups durs, des aventures; un camarade de folies, l\u2019oreille attentive de tous ses d\u00e9lires; l\u2019\u00e9paule solide de ses chagrins, de ses engueulades familiales ou amicales. La source de ses plus grandes joies, de ses plus fortes \u00e9motions, de sa plus grande douleur aussi. LA source.\u00a0 Et ce, sur la dur\u00e9e. Une camarade de vie. De toute la vie.<br \/>\nIl est perdu dans ses pens\u00e9es et ne voit m\u00eame pas la commande arriver\u00a0: un caf\u00e9 allong\u00e9 pour lui et un th\u00e9 vert pour elle.<\/p>\n<p>A la table d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9, une femme brune &amp; bronz\u00e9e par le soleil de la C\u00f4te, raconte avec un l\u00e9ger accent, ses projets, ses connaissances. A travers les gens et les lieux qu&rsquo;elle \u00e9voque, elle se raconte, se justifie. Ses permis de construire, ses passe-droits, ses \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb, ses r\u00e9alisations, autant de justifications d&rsquo;une vie sans nul doute pauvre par ailleurs. Et son interlocuteur, de l&rsquo;\u00e9couter impressionn\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Tu sais, Roberto, mon associ\u00e9\u2026 Il est mort.<br \/>\n&#8211; Je suis d\u00e9sol\u00e9\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Il n&rsquo;a jamais beaucoup v\u00e9cu. Je ne suis pas s\u00fbr qu&rsquo;il ait fait la diff\u00e9rence&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Ton cynisme te perdra Sophie. C&rsquo;\u00e9tait tout de m\u00eame l&rsquo;un de tes amis, non ? A moins que cela ne l&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 que sur le papier.<\/p>\n<p>Sophie se retourne alors, laissant son regard fuir vers l&rsquo;horizon. Ne pas r\u00e9pondre. Quelle que soit la r\u00e9ponse, elle constituera un indice pour son interlocuteur.\u00a0Alors, elle se tourne vers Martin qui se trouve dans son champ de vision, et s\u2019accroche \u00e0 son regard pour mieux justifier son silence face \u00e0 son interlocuteur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lui sait bien que cette femme ne le voit pas vraiment, qu\u2019elle regarde \u00e0 travers lui mais il se sent d\u00e9visag\u00e9, mis \u00e0 nu. Pendant quelques secondes, Martin se pla\u00eet \u00e0 croire qu\u2019elle a vu en lui, une solution. Oui, c\u2019est bien ce mot. Une solution. Cette sensation d\u2019\u00eatre d\u00e9sir\u00e9, utile, \u2026 la pi\u00e8ce ma\u00eetresse d\u2019un puzzle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&#8211; Est-ce que Louis t\u2019a dit quand il rentrait\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; Oui, oui. Il sera l\u00e0 pour le d\u00eener. Il travaillait ses partiels avec Thomas cet apr\u00e8s-midi.<\/p>\n<p>Cette question logistique de Lorraine n\u2019a que vocation \u00e0 le ramener sur terre. Mais il ne veut pas. Ou tout du moins, pas comme \u00e7a. Pas pour \u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n\u2019a jamais beaucoup v\u00e9cu\u00a0\u00bb\u2026 n\u2019est-ce pas un bon r\u00e9sum\u00e9 de sa vie que cette phrase qui flotte encore dans l\u2019air\u00a0? C\u2019est alors que l\u2019id\u00e9e lui vient. Et elle est \u00e9vidence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Rentrons, j\u2019avais oubli\u00e9 que j\u2019avais un coup de fil \u00e0 passer, tu veux bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle n\u2019a m\u00eame pas commenc\u00e9 sa tasse de th\u00e9 qui fume dans la tasse pos\u00e9e devant elle. Il r\u00e8gle l\u2019addition que le gar\u00e7on a laiss\u00e9e en apportant la commande, en baissant la t\u00eate\u00a0: il veut \u00e9viter son regard. Ne sait-on jamais&#8230; Elle pourrait voir dans les yeux de son mari cette lumi\u00e8re, cet indicateur d\u2019une libert\u00e9 nouvelle qui pourrait alors l\u2019effrayer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une fois arriv\u00e9s \u00e0 l\u2019appartement, il va dans son bureau, prend une feuille de papier et note sans les ranger, les id\u00e9es qui l\u2019habitent d\u00e9sormais tout entier, le remplissent sans nuance\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00abLorraine, je vais partir. Je suis pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ma vie.<\/i><\/p>\n<p><i>Je suis un aventurier, un entrepreneur. J\u2019ai besoin d\u2019adr\u00e9naline et aujourd\u2019hui, j\u2019ai une vie sans saveur, qui manque de sens. Je r\u00eave ma vie, je ne la vis pas. Chaque projet que j\u2019imagine te semble saugrenu. Tu es englu\u00e9e dans ton quotidien de m\u00e8re, de bonne \u00e9pouse mod\u00e8le telle qu\u2019on te l\u2019a enseign\u00e9 et non pas tel que tu as choisi de le vivre. Que ne t\u2019ai-je demand\u00e9 de d\u00e9brancher! De penser diff\u00e9remment. De me regarder autrement. Je ne suis pas seulement le p\u00e8re de famille, l\u2019ami, le mari sympa qui rentre dans les cases. J\u2019ai fait des sacrifices pour nous, je t\u2019ai tout donn\u00e9. Et toi? Qu\u2019as-tu donn\u00e9? O\u00f9 est notre projet \u00e0 deux ? Notre folie, celle qui nous a unit il y a 20 ans? Tu suis l\u2019autoroute alors que je te demande de m\u2019accompagner sur les chemins de traverse.<\/i><\/p>\n<p><i>Tu ne sais pas te mettre \u00e0 ma place. Tu ne fais rien pour moi. Tu parles de langage de l\u2019amour, je te parl\u00e9 d\u2019oreilles de l\u2019amour. Cesse les incantations, agis. Souviens-toi de ce qui nous a gouvern\u00e9s: il n\u2019y a pas d\u2019amour, il n\u2019y a que des actes d\u2019amour. C&rsquo;est toujours vrai. C&rsquo;est plus que jamais vrai. Propose des choses. Rends-nous vivants! Nous nous enlisons dans cette ic\u00f4ne de nos 18 ans&#8230; Ils ne sont plus l\u00e0 pour nous admirer, ceux qui nous entouraient\u00a0: englu\u00e9s eux aussi dans leur vie, ils ne peuvent plus justifier de nos choix et servir de comparatifs.<\/i><\/p>\n<p><i>Je ne sais plus si je t\u2019aime. Tu en es devenue transparente. Je ne ressens plus rien\u2026 Je me sens vide. Vide de toi, vide de nous, vide de tout ce sur quoi repose ma vie. Et tu en \u00e9tais la cl\u00e9 de vo\u00fbte.<\/i><\/p>\n<p><i>Peut-\u00eatre suis-je en train de faire une erreur. Une grossi\u00e8re erreur, mais j\u2019\u00e9touffe de cette vie sans oxyg\u00e8ne, sans adr\u00e9naline.<\/i><\/p>\n<p><i>Je veux partir. Je veux te fuir, tu m\u2019emp\u00eaches de m\u2019envoler. Je veux\u2026 vivre.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Epuis\u00e9 par la violence des id\u00e9es, des \u00e9motions et des sentiments, il s\u2019allonge sur le canap\u00e9 qui se trouve dans son bureau, pour les soirs o\u00f9 il travaille tard. Il veut mettre ses id\u00e9es au clair, faire le tri entre l\u2019usure du temps, la col\u00e8re, les id\u00e9aux et la r\u00e9alit\u00e9 de ses sentiments. \u00ab\u00a0Il n\u2019a jamais beaucoup v\u00e9cu\u00a0\u00bb\u2026 Il sent instinctivement qu\u2019il y a l\u00e0 un indice, une r\u00e9ponse \u00e0 la vacuit\u00e9 de sa vie. Les images se m\u00ealent aux mots, puis il s\u2019endort, fatigu\u00e9 par les ressacs de sentiments parfois contradictoires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lorraine entra quelques instants plus tard dans le bureau, trouvant Martin endormi et la lettre sur le bureau. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre assur\u00e9 qu\u2019il dormait vraiment, elle ne p\u00fbt s\u2019emp\u00eacher de lire les mots couch\u00e9s sur le papier. Ils faisaient plus mal les uns que les autres. Son regard allait de la lettre au visage endormi de son mari. Une r\u00e9alit\u00e9 prenait vie et laissait place \u00e0 des choses si pr\u00e9sentes, si tenaces entre eux depuis quelques ann\u00e9es. Comment en \u00e9taient-ils arriv\u00e9s l\u00e0\u00a0? Pourquoi s\u2019\u00e9tait-elle \u00ab\u00a0endormie\u00a0\u00bb sur cette vie o\u00f9 la progression de leurs carri\u00e8res, de l\u2019\u00e2ge de leurs enfants avaient occult\u00e9 le reste. Cette routine o\u00f9 les sentiments s\u2019\u00e9taient \u00e9mouss\u00e9s avait laiss\u00e9 la place aux convenances sociales et \u00e0 la logistique du quotidien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;image alors resurgit : il s\u2019\u00e9tait jet\u00e9 \u00e0 ses pieds comme un clown qui s\u2019\u00e9tend de tout son long sur la piste du chapiteau, devant les yeux \u00e9bahis des spectateurs. Un jeune fou inconscient de son charme et totalement sous l\u2019emprise de\u00a0l\u2019excitation\u00a0ambiante. La voil\u00e0 la premi\u00e8re et seule image qu\u2019elle a de lui: un chien fou, passionn\u00e9 et dr\u00f4le. Mais aussi inconscient et gai. Et pourtant aujourd\u2019hui\u2026 Ce parfum disparu, sous les diktats de la vie en soci\u00e9t\u00e9 pour commencer, puis sous le poids de la responsabilit\u00e9 feinte ou r\u00e9elle : le boulot, les enfants, les soucis. Tout cela a aspir\u00e9 gloutonnement l&rsquo;insouciance. Pour ne plus jamais qu&rsquo;elle ne revienne. Plus jamais. Aspirant dans le m\u00eame temps l\u2019excitation de se retrouver, les projets \u00e0 deux \u00e9touff\u00e9s par les projets \u00e0 cinq, les d\u00e9sirs \u00e9teints sous la fatigue du boulot ou encore les \u00ab\u00a0plus tard\u00a0\u00bb maintes fois r\u00e9torqu\u00e9s quand ils se prenaient \u00e0 r\u00eaver. Mais le temps a pass\u00e9. Le temps se r\u00e9duisait pour disparaitre. Comme nous, rapidement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Rien que de repenser \u00e0 leur pass\u00e9, leur rencontre et les \u00e9motions qui les traversaient, les larmes coulent, d\u2019abord silencieusement puis \u00e0 torrent, en sanglots enfantins.\u00a0Le d\u00e9sespoir s\u2019installe. Comment fait-on au bout de 20 ans de r\u00eaves et 10 ans de vie commune d\u00e9\u00e7us pour avoir encore envie ? Comment fait-on pour \u00eatre toujours fier de l&rsquo;autre, parler la m\u00eame langue, vouloir aller dans la m\u00eame direction et vouloir tous les jours en se levant, aimer l&rsquo;autre encore plus que soi-m\u00eame ? Sans se faire d\u00e9border par le quotidien, sans \u00eatre happ\u00e9 par des projets, des gens et des r\u00eaves plus sexy ? Comment montre-t-on \u00e0 l\u2019autre que malgr\u00e9 tout \u00e7a, h\u00e9 bien l\u2019amour est toujours l\u00e0. Enfoui, mais solide.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lorraine pose alors sa t\u00eate sur la poitrine de Martin en essayant de se faire l\u00e9g\u00e8re mais en respirant son odeur, se faisant bercer par sa respiration. Quelques minutes de silence, et les sanglots contenus de la jeune femme r\u00e9veillent Martin.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Que fais-tu l\u00e0 Lorraine\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2026<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tu as lu mes notes\u2026 tu n\u2019aurais pas d\u00fb. Je ne sais pas ce que je veux. Il y a des choses vraies dans cette lettre, mais&#8230;\u00a0\u00ab\u00a0je ne sais pas\u00a0\u00bb. Je ne peux te dire qu\u2019une chose pour le moment, \u00ab\u00a0je ne sais pas\u00a0\u00bb. Mais il va falloir que je sache sinon je vais devenir fou\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lorraine aspire l\u2019air comme une noy\u00e9e et choisit une posture face \u00e0 tous ses doutes. Elle ne peut pas le laisser s\u2019enfoncer dans cette certitude qui fait son chemin chez lui. Il ne sait pas. Il ne sait pas s\u2019il l\u2019aime encore, et il est bien tentant de tout envoyer promener. Facile de le faire. Le doute est pernicieux et fait son nid dans les questions et le silence. Elle voit le sol trembler. Il lui semblait ferme tant qu\u2019elle ne le regardait pas, mais il est d\u00e9sormais terriblement mouvant. Tout comme ces couples qui parlent pour remplir l&rsquo;espace, le temps et ne pas penser \u00e0 la mort, le sien est proche du pr\u00e9cipice, s\u2019il n\u2019y est pas d\u00e9j\u00e0 dans le pr\u00e9cipice. Qu&rsquo;est-ce qui est r\u00e9flexe, qu&rsquo;est-ce qui est choix ? Elle ne sait plus.\u00a0Elle r\u00e9alise avec une acuit\u00e9 toute douloureuse, qu\u2019elle n\u2019a fait que se reproduire et reproduire dans le m\u00eame temps les erreurs de ses parents. R\u00e9p\u00e9ter des phrases maintes fois entendues enfant\u00a0; r\u00e9p\u00e9ter des erreurs observ\u00e9es chez les autres. Faute de temps, faute de volont\u00e9, faute d\u2019amour aussi sans doute m\u00eame si elle ne veut pas le reconnaitre. Le pi\u00e8ge du quotidien.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je ne sais pas\u00a0\u00bb. Ces mots sont en train de d\u00e9truire son monde. Une d\u00e9flagration \u00e0 ondes sismiques r\u00e9guli\u00e8res et violentes.\u00a0Elle ne sait plus grand-chose non plus, mais elle est s\u00fbre\u00a0d\u2019une chose : elle ne le laissera pas d\u00e9river sans elle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span class='st_facebook_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='facebook'><\/span><span class='st_twitter_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='twitter'><\/span><span class='st_linkedin_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='linkedin'><\/span><span class='st_fblike_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='fblike'><\/span><span class='st_pinterest_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='pinterest'><\/span><span class='st_plusone_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='plusone'><\/span><span class='st_email_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='email'><\/span><span class='st_sharethis_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='sharethis'><\/span><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Martin se plongea dans son journal pour oublier la tristesse de ce dimanche gris et pluvieux. \u00ab\u00a0Allons boire un verre au caf\u00e9 d&rsquo;en bas\u00a0\u00bb proposa-t-il \u00e0 Lorraine, ne souhaitant qu&rsquo;une chose, ne plus \u00eatre seul avec elle. Tout lui semble terne : ses cheveux, sa peau, son humeur aussi. Comment la vie a-t-elle ab\u00eem\u00e9 autant [&hellip;]<\/p>\n<p><span class='st_facebook_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='facebook'><\/span><span class='st_twitter_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='twitter'><\/span><span class='st_linkedin_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='linkedin'><\/span><span class='st_fblike_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='fblike'><\/span><span class='st_pinterest_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='pinterest'><\/span><span class='st_plusone_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='plusone'><\/span><span class='st_email_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='email'><\/span><span class='st_sharethis_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Je ne sais pas \u00bb par Marine de Scorbiac' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-je-ne-sais-pas-par-marine-de-scorbiac\/' displayText='sharethis'><\/span><\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[187,197],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/390"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=390"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/390\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":447,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/390\/revisions\/447"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=390"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=390"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=390"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}