{"id":399,"date":"2014-05-03T05:24:53","date_gmt":"2014-05-03T04:24:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/?p=399"},"modified":"2014-07-09T13:39:01","modified_gmt":"2014-07-09T12:39:01","slug":"recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/","title":{"rendered":"R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux"},"content":{"rendered":"<p>Fra\u00eechement d\u00e9barqu\u00e9e de son village natal de Chipaya, la jeune Maya, \u00e0 peine sortie de l\u2019adolescence, \u00e9tait venue tenter sa chance dans la ville de Cochabamba. C\u2019\u00e9tait malheureusement le sort r\u00e9serv\u00e9 aux enfants de paysans sans ressources, essayant d\u2019\u00e9chapper \u00e0 leur destin. Sur ces terres peu g\u00e9n\u00e9reuses de cette r\u00e9gion recul\u00e9e de Bolivie, sur lesquelles on ne voyait ni b\u00e9tail, ni ch\u00e8vres ou moutons, les habitants vivaient dans une telle pauvret\u00e9 qu\u2019aucun d\u2019entre eux ne pouvait envoyer ses enfants \u00e9tudier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par la douceur de son climat, les vall\u00e9es de Cochabamba surent tr\u00e8s t\u00f4t retenir les hommes qui venaient s\u2019\u00e9chouer au gr\u00e9 des flux de peuplement. L\u2019agriculture moderne et les industries alimentaires font de cette r\u00e9gion l\u2019une des plus riches du pays. De plus, nombreux vestiges pr\u00e9colombiens font de la r\u00e9gion un site arch\u00e9ologique de premi\u00e8re importance et l\u2019un des principaux centres culturels avec son universit\u00e9 Mayor de San Simon, tr\u00e8s r\u00e9put\u00e9e pour son intense travail de recherche historique et arch\u00e9ologique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que la ville a toujours drain\u00e9 une population importante et les jeunes \u00e9taient incit\u00e9s par leurs parents \u00e0 venir y \u00e9tudier ou chercher un emploi. Ceux des villages \u00e9loign\u00e9s s\u2019organisaient en empruntant tous les moyens de d\u00e9placement possibles\u00a0: des camions agricoles aux petits autobus en passant par les rares v\u00e9hicules individuels peu engageants. Maya profita d\u2019un camion venant de son village, puis d\u2019un bus communautaire pour se rendre \u00e0 la ville. L\u00e0, un centre d\u2019h\u00e9bergement accueillait les jeunes gens venant des petites agglom\u00e9rations alentour pour les orienter.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tr\u00e8s ind\u00e9pendante et plut\u00f4t t\u00e9m\u00e9raire, Maya n\u2019avait aucune appr\u00e9hension \u00e0 se retrouver dans une ville inconnue. Elle s\u2019\u00e9carta vite du groupe avec lequel elle avait quitt\u00e9 le village familial, avide de libert\u00e9. Cependant, elle se rendit compte assez vite que ce n\u2019\u00e9tait pas si facile de se retrouver sans ses rep\u00e8res familiaux. Un peu d\u00e9sorient\u00e9e, elle traina dans le centre d\u2019h\u00e9bergement \u00e0 la recherche de quelqu\u2019un \u00e0 qui parler. Un groupe de jeunes filles riait dans une salle en prenant un petit d\u00e9jeuner. La voyant un peu perdue, elles l\u2019adopt\u00e8rent et l\u2019entrain\u00e8rent avec elles. Ces jeunes filles \u00e9taient joyeuses, enjou\u00e9es, et semblaient pleines de projets. Elles lui propos\u00e8rent d\u2019aller \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie du feu, dans un endroit secret en dehors de la ville dont elles avaient entendu parler. Curieuse et d\u00e9soeuvr\u00e9e, Maya se laissa entra\u00eener.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elles arriv\u00e8rent dans un lieu o\u00f9 officiait un chaman indien, nomm\u00e9 Chayll\u00f9, r\u00e9put\u00e9 pour ses gu\u00e9risons au cours de c\u00e9r\u00e9monies spirituelles. Il y dispensait des enseignements et c\u00e9l\u00e9brations chamaniques. Un feu se consumait au fond d\u2019un grand trou creus\u00e9 dans la terre et chaque participant y jetait une offrande en faisant un v\u0153u. Maya resta \u00e0 l\u2019\u00e9cart avec ses nouvelles amies, intimid\u00e9e, se contentant d\u2019observer le rituel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Chayll\u00f9 Pour se faire conna\u00eetre, parcourait le monde, se sentant investi du devoir de transmission des traditions des incas remontant au XV\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les incas \u00e9prouvaient le besoin depuis toujours de donner sens au monde qui l\u2019entourait, de transformer le chaos en harmonie esth\u00e9tique et sociale. L\u2019inca recevait son pouvoir du soleil, le dieu Inti pour devenir l\u2019incarnation divine du soleil, objet d\u2019un v\u00e9ritable culte. Chayll\u00f9 avait cr\u00e9\u00e9 un espace o\u00f9 la nature \u00e9tait pr\u00e9serv\u00e9e, chaque objet usuel provenait de mat\u00e9riaux puis\u00e9s dans la nature, la terre des anc\u00eatres \u00e9tant sacr\u00e9e. Il avait pour objectif de faire de ce lieu un mod\u00e8le de vie s\u2019inspirant des coutumes ancestrales, chacun ayant un r\u00f4le dans la communaut\u00e9 ou l\u2019harmonie, la douceur de vivre et la bont\u00e9 des uns envers les autres \u00e9taient de r\u00e8gle, leur chef \u00e9tant leur guide et protecteur, \u00e0 l\u2019instar des organisations anciennes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette propri\u00e9t\u00e9 semblait \u00eatre un petit Paradis\u00a0. Entour\u00e9 des plus hautes montagnes de la Cordill\u00e8re des Andes, Il abritait des b\u00e2timents circulaires aux toits de chaume, diss\u00e9min\u00e9s sur le terrain. Au centre, dominait le temple d\u00e9di\u00e9 aux c\u00e9r\u00e9monies. Un plan d\u2019eau, une source, une cascade et une petite rivi\u00e8re compl\u00e9taient le d\u00e9cor idyllique, ainsi que la luxuriante v\u00e9g\u00e9tation, proche de la for\u00eat amazonienne, avec ses \u00e9normes bouquets d\u2019eucalyptus odorants, ses arbustes \u00e0 coca d\u2019un beau vert p\u00e2le et ses fleurs sauvages.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour g\u00e9rer son centre, Chayll\u00f9 recrutait de tr\u00e8s jeunes gens sans ressources. Il leur offrait le toit, le couvert et la protection. Maya, entra\u00een\u00e9e par ses nouvelles amies, fut invit\u00e9e \u00e0 rejoindre la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tout en s\u2019initiant aux rituels qui ponctuaient les jour, Maya souffrit assez vite de l\u2019absence de libert\u00e9. Livr\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame dans son petit village natal, vivant au gr\u00e9 des saisons &#8211; \u00a0du vent glacial au soleil br\u00fblant &#8211; dormant selon son humeur, tant\u00f4t \u00e0 la belle \u00e9toile, tant\u00f4t entass\u00e9e avec sa famille, dans une petite cahute de torchis recouverte de paille. Elle n\u2019avait d\u2019autre contrainte que celle d\u2019effectuer ses tissages pour les troquer contre de la nourriture. Les horaires et les travaux impos\u00e9s par la communaut\u00e9\u00a0lui pesaient, se sentant corv\u00e9able du matin au soir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ses papiers confisqu\u00e9s, sans revenu, soumise au bon vouloir du ma\u00eetre, elle sentit poindre l\u2019angoisse de ne jamais retrouver sa famille. Son fr\u00e8re Carlos, avait quitt\u00e9 le village bien avant elle pour la capitale, La Paz, avec fl\u00fbte de pan et tambour, esp\u00e9rant trouver, un toit, un peu de nourriture et s\u2019adonner \u00e0 la boisson locale favorite, le Pisco, en \u00e9change de quelques notes de musique. Maya r\u00eavait de le rejoindre un jour.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, elle se sentait prot\u00e9g\u00e9e dans cette communaut\u00e9, nourrie \u00e0 sa faim de c\u00e9r\u00e9ales et de pampres, grenades et papayes. Elle n\u2019e\u00fbt plus \u00e0 se battre pour subsister, ni parcourir des kilom\u00e8tres pour vendre les sacs et bonnets tiss\u00e9s en famille, ni subir les coups de ses fr\u00e8res, de son p\u00e8re alcoolique, ni les cris de sa m\u00e8re, ni le froid glacial la nuit. Elle avait trouv\u00e9 des compagnons de son \u00e2ge aupr\u00e8s desquels elle trouvait un peu d\u2019affection et de ga\u00eet\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une rencontre mondiale de chamans \u00e9tait annonc\u00e9e\u00a0: Les plus r\u00e9put\u00e9s \u00e9taient attendus pour des c\u00e9l\u00e9brations \u00e0 la terre M\u00e8re,\u00a0<i>la Pachamama<\/i>, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e sur tout le continent. Ils venaient de tous les pays d\u2019Am\u00e9rique du sud, mais aussi d\u2019Australie, du Canada des Etats-Unis et d\u2019Europe. Le camp \u00e9tait devenu une v\u00e9ritable ruche\u00a0 pour pr\u00e9parer la venue de ces h\u00f4tes riches de leurs traditions s\u00e9culaires, v\u00e9n\u00e9r\u00e9s dans leurs pays comme des dieux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Maya, charg\u00e9e d\u2019accueillir les visiteurs, se trouva en pr\u00e9sence de tout un monde qu\u2019elle aurait \u00e9t\u00e9 incapable d\u2019imaginer, confin\u00e9e qu\u2019elle f\u00fbt dans des communaut\u00e9s ferm\u00e9es, priv\u00e9e de l\u2019\u00e9ducation la plus \u00e9l\u00e9mentaire. Elle \u00e9tait litt\u00e9ralement m\u00e9dus\u00e9e. Elle n\u2019avait pas assez d\u2019yeux, de mains, de jambes pour embrasser tout ce qu\u2019elle d\u00e9couvrait.\u00a0 S\u2019approchant des visiteurs, l\u2019\u0153il avide de connaissance, \u00e9coutant le chant de langues inconnues, elle scrutait les accoutrements des participants\u00a0: les dr\u00f4les de chapeaux, chaussures et v\u00eatements, lunettes de soleil, appareils photographiques, t\u00e9l\u00e9phones. Elle fut \u00e0 la fois subjugu\u00e9e et craintive.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lors des c\u00e9r\u00e9monies qui se succ\u00e9d\u00e8rent du lever du jour \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, c\u00e9l\u00e9brant la terre, le soleil et tous les astres, elle redoubla de ferveur. Habit\u00e9e d\u2019une \u00e9nergie nouvelle, Maya dansait avec ses amies, nue sous son poncho et sa tunique, entra\u00eenant les participants dans des rondes au son des musiques andines. A la sortie du temple, elle s\u2019\u00e9tait enhardie. Elle s\u2019approcha d\u2019un groupe, cherchant le contact. Pia Maria, une jolie styliste venue en voisine du nord de l\u2019Argentine, mitrailla avec son appareil photo, cette jeune indienne \u00e0 la beaut\u00e9 du diable, bien que toute photo soit interdite dans le camp, de m\u00eame que fumer, apporter de la nourriture, utiliser du savon pour la toilette\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pia Maria travaillait dans le monde entier. A l\u2019aise en toutes circonstances, elle d\u00e9ambulait, curieuse. Elle comptait sur ce voyage pour trouver de nouvelles sources d\u2019inspiration pour ses cr\u00e9ations. La photo \u00e9tait son hobby et le m\u00e9dium pour fixer ses d\u00e9couvertes. Pour elle, ayant re\u00e7u une \u00e9ducation conventionnelle, l\u2019approche de ces coutumes, de ces rites et rituels la fascinait d\u2019un point de vue purement esth\u00e9tique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les tenues des officiants, compos\u00e9es d\u2019\u00e9toffes color\u00e9es, d\u2019accessoires \u00a0charg\u00e9s symboliquement : plumes, tresses ou perles, d\u00e9gageaient harmonie et beaut\u00e9. La nature environnante se pr\u00eatait \u00e0 ces c\u00e9r\u00e9monies. La terre rouge du sol, creus\u00e9e en large cercle concentrique et profond de deux m\u00e8tres accueillait un feu destin\u00e9 \u00e0 recevoir les offrandes au cours d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 la terre, au lever du jour. Chacun, bravant la brume et le froid, muni de son poncho, bonnet de laine, chaussettes chaudes, s\u2019approchait du cercle au son des incantations, pr\u00eat \u00e0 exprimer les souhaits ou les demandes de gu\u00e9rison. Pia Maria fut prise, malgr\u00e9 elle, par la ferveur ambiante, la symbolique sacr\u00e9e des gestes, les invocations des entit\u00e9s spirituelles, les demandes d\u2019amour universel et de tol\u00e9rance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Maya exer\u00e7ait sur elle un attrait particulier, par sa spontan\u00e9it\u00e9 joyeuse, son regard effarouch\u00e9 de petite sauvageonne, ses cheveux noirs de geai en bataille, d\u00e9gageant une gr\u00e2ce et un charme naturels. Voyant l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elle suscitait,\u00a0 Maya \u00a0osa lui demander, dans un jargon m\u00ealant espagnol et Quechua, de l\u2019aider \u00e0 quitter le camp pour tenter de retrouver son fr\u00e8re \u00e0 La Paz. D\u00e9\u00e7ue de ne pouvoir prendre les photos en toute libert\u00e9, r\u00e9duite \u00e0\u00a0 voler de rapides clich\u00e9s des chamans avec leurs v\u00eatements c\u00e9r\u00e9moniels, Pia Maria se laissa facilement convaincre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle lui offrit le billet d\u2019avion pour La Paz et elles quitt\u00e8rent le campement \u00e0 l\u2019aube en catimini, \u00e0 la recherche d\u2019un transport pour l\u2019a\u00e9roport. Un camion \u00e0 bestiaux les prit en charge. L\u2019avion des lignes int\u00e9rieures datait de Mathusalem : les ceintures de s\u00e9curit\u00e9\u00a0 \u00e9taient de simples ceintures de toile fine, les si\u00e8ges \u00e0 moiti\u00e9 \u00e9ventr\u00e9s, et le bruit du moteur des plus inqui\u00e9tant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Arriv\u00e9es \u00e0 bon port, Pia Maria entra\u00eena sa jeune prot\u00e9g\u00e9e au fameux lac Titicaca, v\u00e9ritable mer int\u00e9rieure peupl\u00e9e de nombreuses esp\u00e8ces rares, au temple pr\u00e9colombien semi-enterr\u00e9 de Tiahvanaco, puis dans la vall\u00e9e de la lune aux paysages fantastiques et \u00e0 l\u2019observatoire de physique cosmique. Elle fixa les paysages grandioses avec son objectif, fit des portraits de Maya, sous tous les angles, comme aimant\u00e9e par la pr\u00e9sence de la jeune fille. Cette derni\u00e8re avait h\u00e2te de retourner en ville, obs\u00e9d\u00e9e par la recherche de son fr\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De grandes vasques en cuivre \u00e9taient dispos\u00e9es partout dans la ville, remplies de feuilles de coca \u00e0 m\u00e2cher, afin de supporter l\u2019altitude de plus de 4 000 m\u00e8tres. Pia Maria sentant la migraine proche, se r\u00e9solut \u00e0 plonger la main dans cet amas de feuilles touch\u00e9es par des centaines de mains \u00e9trang\u00e8res, malgr\u00e9 le d\u00e9go\u00fbt que cela lui inspirait.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Puis, suivie de Maya qui n\u2019osait plus s\u2019exprimer, elle entreprit d\u2019arpenter la ville, \u00a0ses diff\u00e9rents quartiers, ses librairies o\u00f9 elle trouva des ouvrages rares\u00a0: un pr\u00e9cis d\u2019astronomie Inca avec de magnifiques cartes en couleur, un ouvrage sur la culture indig\u00e8ne orn\u00e9 de gravures\u00a0 anciennes, des textes sacr\u00e9s des indiens Guaranis du Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019atmosph\u00e8re de cette ville grouillante de monde, se r\u00e9v\u00e9lait des plus pittoresques\u00a0: des autochtones en costume traditionnel &#8211;\u00a0<i>chollas<\/i>\u00a0aux jupes gonfl\u00e9es, ponchos multicolores\u00a0 et chapeaux melons droits sur la t\u00eate &#8211; venues de leur village vendre leurs cr\u00e9ations,\u00a0 aux manifestants battant le pav\u00e9 avec d\u00e9termination, scandant leurs revendications au rythme d\u2019une fanfare, et les habitants vacant \u00e0 leurs occupations. Pia Maria en prit plein les yeux, activant son appareil photo tous azimuts, dans un \u00e9tat euphorique d\u00fb \u00e0 la raret\u00e9 de l\u2019oxyg\u00e8ne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Enfin, voulant tenir sa promesse faite \u00e0 Maya, elle se d\u00e9cida \u00e0 rechercher\u00a0 Carlos. C\u2019\u00e9tait chercher une aiguille dans une botte de foin\u00a0! Elles interrog\u00e8rent les groupes de musiciens sur les march\u00e9s, sur les places, dans les restaurants. Maya, toute excit\u00e9e, courait partout, posant son regard sombre sur chaque homme qui avait l\u2019allure\u00a0 de Carlos, comme un reproche muet li\u00e9 \u00e0 sa d\u00e9ception. Elles firent le tour du centre ville, le quartier des artisans avec les instruments de musique andine, celui des sorci\u00e8res et leurs \u00e9tals de potions en tout genre, pierres aux pouvoirs magiques et f\u0153tus de lamas, puis la place Murillo, les abords des mus\u00e9es et le quartier colonial, typique avec ses b\u00e2timents \u00e0 colonnes et ses \u00e9glises richement d\u00e9cor\u00e9es. Mais, \u00a0pas l\u2019ombre d\u2019une indication fiable, pas de Carlos \u00e0 l\u2019horizon.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Epuis\u00e9es par leur longue journ\u00e9e de tourisme, elles aval\u00e8rent dans la rue, un\u00a0<i>Satja<\/i>\u00a0de poulet \u00e9pic\u00e9 et une galette de ma\u00efs, le tout arros\u00e9 d\u2019une\u00a0<i>Cerveza<\/i>\u00a0bien fraiche, achet\u00e9s dans une des multiples cahutes tenues par les indiens. Pia Maria ne r\u00eavait que d\u2019une chose\u00a0: le repos dans un h\u00f4tel confortable, avant de reprendre leur recherche le lendemain. De plus, elle commen\u00e7ait \u00e0 trouver pesante la pr\u00e9sence de la petite indienne aux mani\u00e8res brutes et au langage approximatif. Submerg\u00e9e par une lassitude soudaine, regrettant de s\u2019\u00eatre laiss\u00e9e attendrir, elle aspirait au calme et \u00e0 la solitude.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Maya go\u00fbta avec d\u00e9lices le confort auquel elle n\u2019avait jamais eu acc\u00e8s\u00a0: un immense lit moelleux \u00a0pour un sommeil r\u00e9parateur entrecoup\u00e9 de r\u00eaves et de cauchemars\u00a0:<i>Elle se voyait perdue dans une ville inconnue, entour\u00e9e d\u2019une foule mena\u00e7ante la montrant du doigt et scandant des litanies dans une langue inconnue. Un orage d\u2019une rare violence &#8211; signe de la col\u00e8re des dieux &#8211; s\u2019abattait sur la foule semant une panique indescriptible. Elle se sentit \u00e9cras\u00e9e, \u00e9touff\u00e9e<\/i>. Puis se r\u00e9veilla en transe, hagarde, encore habit\u00e9e par cette vision mortif\u00e8re. Revenue \u00e0 elle, la vue de sa chambre donnant sur une jolie cour orn\u00e9e de vasques fleuries, de topiaires parfaitement taill\u00e9es repr\u00e9sentant des lamas, ainsi que des statues de pierre grav\u00e9es de dessins de f\u00e9lins et de condors, l\u2019apaisa.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ayant repris ses esprits, elle d\u00e9couvrit sur sa table de nuit une enveloppe \u00e0 son nom. Pia Maria lui avait laiss\u00e9 un message des plus laconiques\u00a0: \u00ab\u00a0ai d\u00fb rentrer chez moi d\u2019urgence, bon courage. Tu devrais rentrer chez Chayll\u00f9\u00a0\u00bb.\u00a0 Elle y avait joint suffisamment de billets verts pour permettre \u00e0 Maya un vol de retour. Mais celle-ci, quasiment analphab\u00e8te, \u00e9tait incapable de le lire. Elle se sentit pour la premi\u00e8re fois de sa vie abandonn\u00e9e et pleura \u00e0 chaudes larmes. Elle avait mis tant d\u2019espoir dans ce voyage \u00e0 La Paz, qu\u2019elle \u00e9tait an\u00e9antie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u00e9pit\u00e9e et surtout d\u00e9\u00e7ue, elle comprit alors que son r\u00eave prenait fin. Seule dans cette ville qu\u2019elle ne connaissait pas, ne sachant comment se rep\u00e9rer, elle se r\u00e9solut, la mort dans l\u2019\u00e2me, \u00e0 se faire aider \u00e0 prendre un billet de retour vers la matrice enveloppante de la communaut\u00e9 de Chayll\u00f9, \u00e0 Cochabamba. Elle y vivrait d\u2019autres exp\u00e9riences dans l\u2019attente de rencontrer celui qui la r\u00e9v\u00e8lerait \u00e0 elle-m\u00eame et lui offrirait son c\u0153ur et sa protection.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span class='st_facebook_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='facebook'><\/span><span class='st_twitter_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='twitter'><\/span><span class='st_linkedin_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='linkedin'><\/span><span class='st_fblike_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='fblike'><\/span><span class='st_pinterest_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='pinterest'><\/span><span class='st_plusone_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='plusone'><\/span><span class='st_email_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='email'><\/span><span class='st_sharethis_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='sharethis'><\/span><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fra\u00eechement d\u00e9barqu\u00e9e de son village natal de Chipaya, la jeune Maya, \u00e0 peine sortie de l\u2019adolescence, \u00e9tait venue tenter sa chance dans la ville de Cochabamba. C\u2019\u00e9tait malheureusement le sort r\u00e9serv\u00e9 aux enfants de paysans sans ressources, essayant d\u2019\u00e9chapper \u00e0 leur destin. Sur ces terres peu g\u00e9n\u00e9reuses de cette r\u00e9gion recul\u00e9e de Bolivie, sur lesquelles [&hellip;]<\/p>\n<p><span class='st_facebook_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='facebook'><\/span><span class='st_twitter_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='twitter'><\/span><span class='st_linkedin_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='linkedin'><\/span><span class='st_fblike_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='fblike'><\/span><span class='st_pinterest_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='pinterest'><\/span><span class='st_plusone_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='plusone'><\/span><span class='st_email_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='email'><\/span><span class='st_sharethis_buttons' st_title='R\u00e9cit : \u00ab Voyage initiatique de Cochabamba \u00e0 La Paz \u00bb par Fran\u00e7oise Vijoux' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/05\/recit-voyage-initiatique-de-cochabamba-a-la-paz-par-francoise-vijoux\/' displayText='sharethis'><\/span><\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[187,197],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/399"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=399"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/399\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":434,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/399\/revisions\/434"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=399"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=399"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=399"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}