{"id":536,"date":"2014-11-23T19:34:48","date_gmt":"2014-11-23T18:34:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/?p=536"},"modified":"2015-03-30T16:13:38","modified_gmt":"2015-03-30T15:13:38","slug":"recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/","title":{"rendered":"Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron"},"content":{"rendered":"<p>Ce mardi matin d&rsquo;octobre, comme \u00e0 son habitude, Philippe faisait le m\u00e9nage. Professeur d\u2019histoire dans un grand lyc\u00e9e parisien, il avait deux matin\u00e9es de libre. Il aimait bien cet emploi du temps routinier install\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es. Il s&rsquo;agenouilla avec son pantalon \u00e0 pinces pour astiquer les meubles art d\u00e9co, v\u00e9ritable ou imitation, qu\u2019il avait r\u00e9ussi \u00e0 accumuler chinant ici ou l\u00e0 quelques raret\u00e9s. Son appartement parisien en bas de la rue Lamarck avait le charme du r\u00e9tro, un peu d\u00e9suet mais lumineux sentant la cire et le propre. Le m\u00e9nage termin\u00e9, il remit son d\u00e9bardeur en laine sur sa chemise \u00e0 carreaux et passa quelques instants devant la reproduction d&rsquo;un autoportrait de Suzanne Valadon qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait offerte. La peintre, rousse aux yeux bleus sur le tableau, \u00e9tait le sujet de sa conf\u00e9rence du mois suivant. Il \u00e9tait membre de la soci\u00e9t\u00e9 historique et arch\u00e9ologique de Montmartre depuis plusieurs ann\u00e9es et participait assid\u00fbment \u00e0 l\u2019organisation des visites de ce quartier qu&rsquo;il aimait.\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 apr\u00e8s avoir termin\u00e9 le chantier de r\u00e9novation de l\u2019atelier de l&rsquo;artiste l&rsquo;avait charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9voquer sa vie et son \u00e9poque.\u00a0 Philippe appr\u00e9ciait cette p\u00e9riode du XX\u00e8 si\u00e8cle o\u00f9 Montmartre avait connu son heure de gloire. Et l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait un peu le mois de Suzanne. S&rsquo;asseyant \u00e0 son bureau encombr\u00e9 de livres, les pieds bien au chaud dans ses chaussettes de travail en laine, il commen\u00e7a \u00e0 rassembler des informations sur cette femme \u00e0 la fois peintre et mod\u00e8le qu\u2019il admirait mais connaissait peu, d\u00e9couvrant ses \u0153uvres, notant les faits int\u00e9ressants. Il pensait d\u00e9j\u00e0 avec d\u00e9lice au th\u00e9 qui viendrait \u00e0 point nomm\u00e9, quand il aurait besoin d\u2019inspiration. Philippe aimait son confort et les rituels. Il s\u2019immergea dans ses notes avec le plaisir de mettre en sc\u00e8ne les anecdotes historiques qui \u00e9tayeraient son discours.<\/p>\n<p>Un \u00e9tage au-dessus vivait Suzanne, une anglaise d\u2019origine \u00e9cossaise dont les parents, pour faire chic, avaient choisi d&rsquo;orthographier son pr\u00e9nom \u00e0 la fran\u00e7aise. Suzanne donc \u00e9tait simplement la voisine du cinqui\u00e8me qui avait suivi son fran\u00e7ais de mari \u00e0 Paris et s\u2019ennuyait. Ce matin l\u00e0, elle sortit sur le palier, en peignoir de bain. La porte claqua derri\u00e8re elle. Ne me demandez pas pourquoi elle \u00e9tait sortie, en peignoir, sur le palier, pourquoi la porte avait claqu\u00e9 d&rsquo;un coup de vent d&rsquo;automne. Parfois les choses arrivent sans raison, juste par l&rsquo;encha\u00eenement des \u00e9v\u00e9nements et voil\u00e0 qu\u2019elle \u00e9tait coinc\u00e9e, ni chez elle, ni dehors, mais surtout tr\u00e8s d\u00e9v\u00eatue dans l\u2019escalier d\u2019un immeuble du 18\u00e8me. Suzanne avait sonn\u00e9 \u00e0 quelques autres portes, puis \u00e9tait descendu un \u00e9tage, pieds nus, le peignoir serr\u00e9 d&rsquo;une main, les cheveux roux encore humides relev\u00e9s d&rsquo;une couteuse pince en \u00e9caille. Arriv\u00e9e au quatri\u00e8me, elle sonna chez Philippe. D\u00e9rang\u00e9 dans son travail, il maugr\u00e9a mais ouvrit, surpris, amus\u00e9 m\u00eame, devant cette statue de marbre enroul\u00e9e dans son peignoir blanc, cette voisine qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais rencontr\u00e9e. Elle sourit, sans doute le meilleur moyen d\u2019entrer en contact, prit la parole en premier de sa voix douce et avec son accent anglais. \u00ab Bonjour, je suis d\u00e9sol\u00e9e, je suis votre voisine, je\u2026 ma porte s&rsquo;est referm\u00e9e. \u00bb Philippe, intrigu\u00e9, la pria d\u2019entrer \u00ab Ne restez pas comme \u00e7a sur le palier. \u00bb Suzanne soulag\u00e9e entra, le remerciant \u00e0 nouveau d&rsquo;un sourire.Il la pr\u00e9c\u00e9da dans le salon. Elle resta debout sur le tapis, dans la lumi\u00e8re du matin, se retourna et demanda \u00abEst-ce que je peux appeler mon mari ? Il pourra venir avec les cl\u00e9s.\u00bb Philippe lui d\u00e9signa le t\u00e9l\u00e9phone. Elle appela mais sans succ\u00e8s et laissa le num\u00e9ro pour que le mari puisse rappeler. Suzanne tr\u00e8s emb\u00eat\u00e9e d&rsquo;\u00eatre coinc\u00e9e en peignoir chez son voisin se d\u00e9tendit un peu quand celui-ci lui proposa du th\u00e9 et partit dans la cuisine pour les pr\u00e9paratifs. Elle s&rsquo;assit \u00e0 la table, la t\u00eate entre les mains et fit la moue. Ses cheveux roux s\u00e9chaient doucement dans l&rsquo;appartement lumineux de cet homme qu&rsquo;elle ne connaissait pas. Au moins, elle n&rsquo;\u00e9tait pas rest\u00e9e sur le palier pensa-t-elle. Philippe revint avec le th\u00e9, un Darjeeling grand cru qu&rsquo;il aimait beaucoup. Il ne remarqua pas le soleil doux de l&rsquo;automne qui passait par les portes fen\u00eatres et faisait scintiller la p\u00e2leur de sa peau presque aussi blanche que son peignoir. Il n&rsquo;avait m\u00eame pas appr\u00e9ci\u00e9 le corps potel\u00e9 et attirant de sa voisine. Elle \u00e9tait pourtant jolie, et toute nue sous son peignoir. A vrai dire, il souhaitait surtout s\u2019en d\u00e9barrasser pour continuer ce qu\u2019il avait pr\u00e9vu, la pr\u00e9paration de sa conf\u00e9rence. Il servit le th\u00e9. Elle releva la t\u00eate, son v\u00eatement s&rsquo;entrouvrit un instant sans qu&rsquo;il jette un \u0153il dans le d\u00e9collet\u00e9. Elle enleva la grande pince en \u00e9caille qui tenait sa chevelure, la posa sur la table et s&rsquo;\u00e9bouriffa les cheveux dans la lumi\u00e8re. Moment sensuel, que le lecteur appr\u00e9ciera contrairement \u00e0 Philippe. Beaucoup plus \u00e0 l\u2019aise que lui, elle consid\u00e9ra l&rsquo;int\u00e9rieur du regard et dit :<br \/>\n\u2014 C&rsquo;est vraiment charmant comme d\u00e9coration.<br \/>\n\u2014 Merci\u2026<\/p>\n<p>Les compliments auraient pu d\u00e9boucher sur une conversation agr\u00e9able puisque tous deux \u00e9taient int\u00e9ress\u00e9s par la p\u00e9riode Art-d\u00e9co, mais le t\u00e9l\u00e9phone sonna la fin de leur \u00e9change. Le mari, \u00e9nerv\u00e9, rappelait Suzanne. Philippe lui tendit le combin\u00e9 et s&rsquo;\u00e9clipsa dans la cuisine pour leur laisser un peu d&rsquo;intimit\u00e9. Elle parla peu \u00ab chez un voisin \u00bb \u2026 \u00ab je ne sais pas, le vent sans doute. \u00bb quelques approbations suivirent, puis \u00ab Quoi ! Une heure ou deux ! \u00bb Elle raccrocha tandis que Philippe revenait avec une assiette de galettes bretonnes. Elle lui dit :<\/p>\n<p>\u2014 Il ne peut pas venir avant une heure ou deux. En r\u00e9union ! Une r\u00e9union avec sa nouvelle associ\u00e9e oui !<br \/>\n\u2014 Vous pouvez rester ici en attendant, r\u00e9pondit Philippe imperturbable et sto\u00efque. Elle acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>\u2014 Merci, j&rsquo;avais un peu honte de sonner aux portes en peignoir et pieds nus.<\/p>\n<p>Philippe mangea une galette et but sa tasse de th\u00e9. Il r\u00e9fl\u00e9chissait. Et dans un \u00e9lan de courage lui dit :<br \/>\n\u2014 Vous savez, nous pourrions essayer d&rsquo;ouvrir votre porte. On peut y arriver avec une radiographie, quand elle a juste claqu\u00e9.<br \/>\n\u2014 Vous croyez que \u00e7a pourrait marcher ? dit-elle, ne comprenant pas o\u00f9 il voulait en venir.<br \/>\n\u2014\u00a0Nous devrions tester cette solution. Un voisin du troisi\u00e8me m\u2019a racont\u00e9 avoir r\u00e9ussi ce coup il y a quelques ann\u00e9es. Je dois avoir ce qu&rsquo;il faut quelque part.<\/p>\n<p>Il se leva et alla fouiller dans un placard de sa chambre. Il trouva une vieille radio et l&rsquo;apporta \u00e0 Suzanne :<br \/>\n\u2014 Voil\u00e0, regardez, vous allez pouvoir admirer mon bassin. Amus\u00e9e notre anglaise examina le clich\u00e9.<br \/>\n\u2014 Tr\u00e8s joli bassin !<br \/>\n\u2014 Merci. Je crois bien qu&rsquo;il y a un d\u00e9calage de quelques millim\u00e8tres.<br \/>\n\u2014 \u00c7a ne se voit pas, r\u00e9pondit-elle poliment.<br \/>\n\u2014 Allons essayer d&rsquo;ouvrir votre porte.<\/p>\n<p>Cela faisait longtemps qu&rsquo;une jeune femme n&rsquo;avait pas franchi le seuil de son appartement et Philippe trouvait d\u00e9j\u00e0 le moyen de l&rsquo;en faire partir. Quoi qu&rsquo;il en soit, il mit ses chaussures, prit la radio tandis que Suzanne rajustait son peignoir. Elle laissa sa tasse \u00e0 moiti\u00e9 pleine sur la table et le suivit. Ils mont\u00e8rent un \u00e9tage dans le silence des matins parisiens o\u00f9 tout le monde est parti travailler. Elle lui indiqua la porte rouge ponctu\u00e9e d\u2019une poign\u00e9e en laiton. Philippe passa devant elle avec la confiance d&rsquo;un cambrioleur qui connait son m\u00e9tier, m\u00eame si c&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu&rsquo;il tentait ce tour. Il s&rsquo;amusait. Suzanne serra son peignoir pour se donner une contenance et le regarda essayer d&rsquo;ins\u00e9rer la grande feuille en plastique entre la porte et le chambranle. Pendant quelques minutes rien ne se passa que le bruit rigide du plastique qui se pliait. Philippe commen\u00e7ait \u00e0 peiner et perdre sa belle assurance. Suzanne devint franchement sceptique. Puis elle lui dit doucement \u00ab \u00c7a doit marcher dans les films, mais pas en vrai. \u00bb Philippe, ne laissait rien para\u00eetre et continuait \u00e0 farfouiller la fente de la porte en croyant v\u00e9ritablement \u00e0 son geste. L&rsquo;atmosph\u00e8re se tendit car les minutes passaient sans r\u00e9sultat. Suzanne avait envie d&rsquo;abandonner et de retourner dans l\u2019appartement accueillant de son voisin. Philippe, insistant, sentit la clenche de la porte avec sa radio, puis tel Ars\u00e8ne Lupin fit dispara\u00eetre la feuille rigide de la radiographie d&rsquo;un coup sec dans l\u2019interstice en poussant sur la poign\u00e9e ronde de la porte. La partie tourna en sa faveur et le battant s&rsquo;ouvrit sans bruit. Suzanne poussa un cri et oubliant son fran\u00e7ais dit \u00ab magic ! \u00bb Philippe enivr\u00e9 par son succ\u00e8s r\u00e9pondit d\u2019un air blas\u00e9 un simple \u00ab Et voil\u00e0 ! \u00bb. Elle \u00e9tait \u00e9merveill\u00e9e comme une petite fille devant un nouveau jouet et reprit \u00ab C&rsquo;est vraiment magique, vous m&rsquo;avez sauv\u00e9. \u00bb. Philippe se recula pour la laisser passer. La porte naturellement commen\u00e7a \u00e0 se refermer. Suzanne soulag\u00e9e, sourit et se faufila dans l&rsquo;ouverture mais la ceinture de son peignoir se prit dans la poign\u00e9e. Le v\u00eatement, lui, s&rsquo; ouvrit sous l&rsquo;effort et Suzanne pour arr\u00eater l\u2019in\u00e9luctable, se retourna ce qui ne fit qu\u2019amplifier le ph\u00e9nom\u00e8ne. Philippe entrevit quelques instants la p\u00e2le nudit\u00e9, ses jambes blanches, le triangle cuivr\u00e9 de son sexe, son ventre rond, ses seins lourds aux ar\u00e9oles claires, son visage rougissant. Elle referma prestement son peignoir, du mieux qu\u2019elle put. Lui, un peu d\u00e9concert\u00e9, tourna la radio entre ses mains et dit avec le plus de naturel possible \u00ab vous voil\u00e0 rentr\u00e9e \u00bb. Suzanne tenait la porte et bafouilla un \u00ab merci \u00bb. Philippe, dans un m\u00e9lange cotonneux de soulagement et de trouble, redescendit \u00e0 son appartement.<\/p>\n<p>La routine reprit son cours et la semaine de Philippe passa en compagnie des lyc\u00e9ens gentils mais un peu snob de son lyc\u00e9e du 17\u00e8me arrondissement. Les devoirs, les lectures, sa s\u00e9ance de natation du jeudi. Le calme et la solitude \u00e9taient revenus dans sa vie. Et pour la premi\u00e8re fois, il r\u00e9alisait que cette solitude il l\u2019avait cultiv\u00e9e, repoussant toutes les possibilit\u00e9s de rencontrer quelqu\u2019un. Il avait essay\u00e9 un temps, ajoutant une d\u00e9ception \u00e0 une autre, puis avait renonc\u00e9 et s\u2019\u00e9tait install\u00e9 dans un cocon isol\u00e9. Il faut vous dire qu\u2019il avait un mod\u00e8le f\u00e9minin pr\u00e9cis voire exclusif, une fine brune aux cheveux longs et aux yeux verts, romantique, italienne de Rome ou de Florence \u00e0 la rigueur. Mais il ne voulait surtout pas la rencontrer, pr\u00e9f\u00e9rant seulement l\u2019id\u00e9e de cette jeune femme id\u00e9ale, qui, quelque part devait exister. De la l\u00e2chet\u00e9, me direz-vous, de la timidit\u00e9 sans doute. Chaque soir il consacrait soigneusement une heure ou deux \u00e0 pr\u00e9parer sa conf\u00e9rence ainsi que la sortie mensuelle de d\u00e9couverte du quartier Montmartre. Le jour de la visite arriva.<\/p>\n<p>Ce dimanche d&rsquo;octobre, Philippe arpentait les rues du 18\u00e8me arrondissement qu&rsquo;il connaissait par c\u0153ur, avec son groupe compos\u00e9 d&rsquo;allemands sceptiques, d&rsquo;am\u00e9ricains souriants, de petites vieilles attentives et de deux jeunes fran\u00e7aises amoureuses. Il les avait emmen\u00e9s dans les ruelles inconnues, dans les art\u00e8res \u00e9videntes, racontant les anecdotes du quartier, les habitants prestigieux, les caf\u00e9s, les artistes. Passant devant l&rsquo;atelier de Suzanne Valadon, reconstitu\u00e9 depuis peu, \u00e0 deux pas de la place du Tertre, il avait racont\u00e9 l&rsquo;histoire de cette femme originaire de Limoges et devenue c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 Paris. Il repensa pour la premi\u00e8re fois depuis leur rencontre, \u00e0 sa Suzanne. En \u00e9voquant l\u2019autre, l\u2019artiste, les yeux \u00e9merveill\u00e9s de sa voisine lui \u00e9taient apparus. Il avait revu le gris-bleu de ses iris, clairs comme l&rsquo;horizon de la mer du nord, ses cheveux flamboyants et sa peau blanche. Il avait b\u00e9gay\u00e9 quelques instants, ce qui ne lui arrivait jamais d&rsquo;ordinaire je vous l\u2019assure, puis reprit son calme. Aux alentours de midi, Il termina la visite en annon\u00e7ant la conf\u00e9rence de la semaine suivante qui aurait lieu dans l&rsquo;atelier.<\/p>\n<p>Tout rentra dans l&rsquo;ordre quand il revint \u00e0 son appartement dans l&rsquo;air vif. Apr\u00e8s un repas l\u00e9ger et un caf\u00e9 fort, il se mit \u00e0 la correction des devoirs, une activit\u00e9 parfaite pour un apr\u00e8s midi d&rsquo;automne. Il pensa \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves et en particulier aux filles qui, il le savait, le trouvait habill\u00e9 bien trop classiquement. Il en avait surpris parfois, pouffant \u00e0 la vue de ses d\u00e9bardeurs sur ses chemises ou de ses pantalons en velours. Il se sentait un peu en dehors du coup, mais il \u00e9tait comme \u00e7a, juste un professeur d\u2019histoire, seul, mais heureux dans son appartement, un dimanche apr\u00e8s-midi. Ses chaussettes d\u2019int\u00e9rieur l\u2019attendaient pour s\u2019attaquer aux premi\u00e8res copies et il s\u2019installa. Mais apr\u00e8s une quinzaine de lectures et la lassitude aidant, Suzanne, vous devinez laquelle, envahit son esprit, sa nudit\u00e9 voluptueuse occupa son paysage quand il regarda par les fen\u00eatres pour se d\u00e9lasser. Il lutta, marcha de long en large, se rassit \u00e0 son bureau, se releva. Le soir approchait lentement et Philippe, pour se d\u00e9tendre, se pr\u00e9para un th\u00e9 fum\u00e9, un vrai th\u00e9 de fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi. Il \u00e9tait perturb\u00e9 par son manque de concentration. \u00c7a n&rsquo;\u00e9tait pas dans ses habitudes, et elle n&rsquo;\u00e9tait pas son id\u00e9al f\u00e9minin. Il suffisait simplement de passer \u00e0 autre chose et les copies l\u2019attendaient. Posant sa tasse sur la table du salon, il regarda l&rsquo;autoportrait de Suzanne Valadon au mur. Au m\u00eame moment, sa voisine sonna \u00e0 la porte. Autant vous le dire cher lecteur, son mari parti \u00e0 Londres pour la semaine, elle \u00e9tait \u00e0 nouveau tranquille. Philippe ouvrit la porte, plissa les yeux, \u00e0 peine d\u00e9concert\u00e9, presque amus\u00e9 par les co\u00efncidences. Dans les lueurs blafardes de ce dimanche, elle sourit, habill\u00e9e d\u2019un peignoir \u00e0 imprim\u00e9 fleuri, qu&rsquo;elle avait achet\u00e9 sp\u00e9cialement dans un grand magasin du boulevard Haussmann, bien plus s\u00e9duisant que le pr\u00e9c\u00e9dent. Suzanne fixa Philippe de ses yeux gris-bleu semblables \u00e0 ceux du tableau. Il lui dit \u00ab Vous avez laiss\u00e9 claquer votre porte, n\u2019est-ce pas ? \u00bb Sous ses cheveux roux, elle r\u00e9pondit malicieusement \u00ab non, je crois que j&rsquo;ai oubli\u00e9 ma pince. \u00bb<\/p>\n<p><span class='st_facebook_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='facebook'><\/span><span class='st_twitter_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='twitter'><\/span><span class='st_linkedin_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='linkedin'><\/span><span class='st_fblike_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='fblike'><\/span><span class='st_pinterest_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='pinterest'><\/span><span class='st_plusone_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='plusone'><\/span><span class='st_email_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='email'><\/span><span class='st_sharethis_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='sharethis'><\/span><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce mardi matin d&rsquo;octobre, comme \u00e0 son habitude, Philippe faisait le m\u00e9nage. Professeur d\u2019histoire dans un grand lyc\u00e9e parisien, il avait deux matin\u00e9es de libre. Il aimait bien cet emploi du temps routinier install\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es. Il s&rsquo;agenouilla avec son pantalon \u00e0 pinces pour astiquer les meubles art d\u00e9co, v\u00e9ritable ou imitation, qu\u2019il avait [&hellip;]<\/p>\n<p><span class='st_facebook_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='facebook'><\/span><span class='st_twitter_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='twitter'><\/span><span class='st_linkedin_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='linkedin'><\/span><span class='st_fblike_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='fblike'><\/span><span class='st_pinterest_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='pinterest'><\/span><span class='st_plusone_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='plusone'><\/span><span class='st_email_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='email'><\/span><span class='st_sharethis_buttons' st_title='Le portrait de Suzanne Valadon par Julien Vigneron' st_url='http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/2014\/11\/recit-portrait-suzanne-valadon-par-julien-vigneron\/' displayText='sharethis'><\/span><\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[187,223],"tags":[40,191,224,14,225],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/536"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=536"}],"version-history":[{"count":30,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/536\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":636,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/536\/revisions\/636"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=536"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=536"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.ecriturefactory.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=536"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}