Melville Street de Xavier Deville – 68 Premières fois

Publié le: oct 04 2015 by Anita Coppet

Unknown-1 Dans la maison de Melville Street les pensionnaires sont peu nombreux. Ils sont difficiles et parfois même se montrent agités. N’allez pas imaginer un pensionnat à l’anglaise aux internes turbulents. Ici vivent des « handis ». Un raccourci de « handicapés » qui n’a rien de méprisant. C’est le mot employé par les gens qui s’en occupent. Le narrateur vient d’être embauché. Pourquoi ce Français que l’on imagine jeune se trouve t-il en Nouvelle- Zelande, nous ne le saurons pas. Ce qu’il est venu chercher non plus, mais ce qu’il remportera en retournant en France, chacun le sentira à sa façon. Le livre de Xavier Deville est un condensé d’humanité, sans apitoiement ni condescendance. Tommy-debout, Chesley, Jon, Tommy-dans son fauteuil, Carolyn… nous sont présentés un à un à travers leur quotidien. De beaux portraits précis, et pourtant délicats. Il y a quelque chose d’aérien dans ce récit aux allures de quête. Celle de franchir les barrières de la compréhension dite normale, de regarder l’autre comme une personne avec laquelle les échanges sont possibles. Et la question reste entière. Jusqu’à quel point parvient-on à communiquer avec cet autre si différent, à se parler d’âme à âme ? Le narrateur est à l’écoute du moindre signe, de la plus petite étincelle de communion. Le sujet du livre n’a rien de romanesque. Vous n’y trouverez pas de renversement de situation ou de love story. Pourtant c’est un roman, un vrai, qui vous captive et a rempli votre esprit quand vous le refermez.

En regardant la courte bio de Xavier Deville, j’ai appris qu’il avait effectivement travaillé dans un centre semblable à celui de Melville Street. C’est donc un témoignage, genre casse-cou s’il en est. Pourtant, il a réussi à prendre du recul.  Son « Je » narrateur est un protagoniste qui ne sait pas ce qui l’attend. Le lecteur est comme lui, et n’aura de cesse d’en savoir davantage.

Melville Street de Xavier Deville (éditions Sulliver) fait partie des « 68 Premières fois »  initié par Charlotte Milandri. Sans son initiative, nous serions passés à côté de bien des nouveaux auteurs de cette rentrée littéraire. Merci pour celui-ci. Notre atelier d’écriture en ligne est heureux de faire partie de l’aventure.

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